dimanche 30 mars 2014

Burn-out maternel

       Le burn-out maternel, sujet tendance et tabou à la fois, abordé souvent de loin, sans trop se mouiller, car il faut bien le dire, se vanter de le vivre n'est pas la première chose qui vient à l'idée de la personne concernée...

       Je ne me prétends ni explicatrice, ni même détentrice de quelconques vérités... 
       Juste spectatrice de mes propres doutes, de mes propres expériences, et de ma volonté de savoir quelle « mauvaise mère » je suis... Ai-je réellement vécu, ou vis-je un burn-out ?
       A cet instant précis, je n'ai pas la réponse... Délimiter la frontière entre le burn (l'épuisement) et le débordement n'est pas chose aisée...
       Mais...


       Toute mère, quelle qu'elle soit, « travailleuse » ou « au foyer », passe par une phase, plus ou moins longue, plus ou moins intense [douloureuse] de :
  « Fais-je bien, suis-je assez, et pourquoi mon gosse me gonfle autant ? »

       Le fait-même de se questionner sur sa maternité, sur sa « légitimité » et sur la fatigue qu'elle cause, ne suffit pas à parler de burn-out. Il est, je pense, tout-à-fait normal, voire sain, de se remettre un minimum en cause, et de « recalculer » notre angle éducatif en fonction de la réalité de nos progénitures.

       Selon ce que j'en ai lu, cette prise de conscience est pourtant le virage qui peut tout faire capoter. En gros, on n'est pas aussi parfaite que prévu, alors on s'acharne jusqu'à « fondre » littéralement...

       Cependant, la mère s'espérant parfaite traînera partout avec elle une copine encombrante : la culpabilité
       On se sent coupable de ne pas faire assez bien, on a honte d'en avoir ras le dos, on se sent nullissime de ne pas accomplir en souriant toute la logistique familiale, et on se noie, sans parfois même s'en rendre compte, parce que comme il le faut, on le fait. 
          On puise toutes les forces à notre disposition, on fonce tête baissée et on ne voit pas le mur qui arrive en face. [crépi en plus, l'enfoiré]

       Faire un burn-out, reviendrait [à mon humble sens] à poursuivre un idéal surréaliste, jusqu'à s'en oublier soi-même, jusqu'à ce que le corps et l'esprit, éreintés, craquent et hurlent STOP... 
       Et on passe de débordée à débordante, de fatigue, de colère, de mésestime, jusqu'au jour où BURN-OUT, nos gestes dépassent de nos pensées, le contrôle se perd. Des mots trop brusques, une fessée, parfois simplement un violent mépris...
       S'en suivant le choc... Celui de se réaliser si différente de ce que l'on est, de ce que l'on croit. Celui de se sentir encore plus mauvaise mère que lorsque l'on n'arrivait juste pas à remplir « le cahier de nos charges »...

       On s’écœure, on se mure, on se tait. Personne ne comprendrait...

  « Moi, cette maman si abjecte. Ma faute, mes fautes, je ne les dois qu'à MOI, mère incompétente. La voisine, elle, elle y arrive... [de ce que l'on en voit...] »


       Cercle vicieux où le corps entraîne l'esprit, ou bien l'inverse, au fin fond d'un trou fait de réelles douleurs physiques et morales. Du psychosomatique à l'état brut(al).

       S'en sortir, c'est accepter, c'est en parler (médecin, conjoint, amis, ou pourquoi pas oreille inconnue et attentive).

       S'en sortir, c'est avouer qu'on n'y arrive plus, que le rouleau n'est pas au bout, il est déjà au recyclage...

       S'en sortir, c'est admettre que l'on n'est pas mauvaise juste à cause d'un fichu grain de sable dans le mécanisme...

       S'en sortir, c'est le plus dur, parce que c'est se faire face à soi-même, mais surtout, faire face aux autres...

       S'en sortir, finalement, ce n'est pas d'avoir la faiblesse de reconnaître sa défaite, c'est d'avoir la force de se sentir humaine, avec tous les défauts que cela incombe...



       Chez moi, le ménage n'est plus trop fait [minimum syndical, et encore], je ne « travaille pas », mais à ce jour je n'ai plus le courage d'être partout...

       Chez moi, quand les enfants font la sieste, je la fais aussi. Pas parce que je n'ai rien à faire [au contraire...], mais parce que mon corps ne tient pas le choc...

       Chez moi le matin, il est si dur de me lever, que ma grande passe parfois une heure à jouer sur mon lit pendant que j'émerge... Et je remercie la fée des bébés que Titou dorme aussi bien...

       Chez moi, je suis parfois tellement en colère que Monsieur n'entende rien [ou presque] à cette détresse que je voudrais l'emplafonner malgré l'amour que j'ai pour lui.

       Chez moi, j'ai clairement dû faire un choix entre le bonheur de mes enfants et mes tâches d'adulte...
       Chez moi, j'aimerais parfois m'enterrer de me rendre compte que d'autres y arrivent et moi pas...

       Alors, chez moi, je m'applique à voir le joli dans de petits instants
       Je tiens un blog, où je relate le beau, pour m'en souvenir, mieux l'observer... Parce que moi, chez moi, je ne suis pas [ou plus] malheureuse. 
       Je me sens peut-être encore un peu incomplète, mais je suis aussi un peu fière d'avoir épargné mes bébés, quitte à passer pour la « laisse-aller » du quartier...
       Parce que tirer un trait sur mes apparences, j'en ai eu besoin, j'en ai encore besoin.


       Chez moi, le terrain est fragile, propice au burn, pré et post partum
       JE suis fragile. 
       Et aujourd'hui, je l'admets


       Peut-être un jour, une maman lira cela, saura qu'il faut en parler, qu'il faut se dire que c'est comme une maladie avec une longue convalescence... 
       Qu'il n'y a pas de honte à « avoir honte »... 
       Nous ne sommes pas toutes égales, tous égaux, face aux aléas du quotidien, et comme j'aime le dire, la relativité [de quoi je me plains, moi], quand on est dans la merde, on s'en fout un peu...


jeudi 27 mars 2014

Le rendez-vous

       Ce soir j'ai rendez-vous...

       J'en ai un peu les mains qui poitent, vaguement le cœur qui en palpite. Voilà des mois que j'attends cela, ou peut-être des années ? Des siècles ? Une éternité...

       Oh ! Pourtant rien de bien exceptionnel, aucune fortune n'y succombera, un endroit un peu familial, mais d'y songer me fait rêver. Il y aura lui, il y aura moi, et... Ma foi, cela suffira !

       Peut-être aurai-je mis du noir au yeux. Du rouge à lèvre ? Ah ! c'est vrai, je n'aime pas ça, je l'avais presque oublié !

       Sans doute me mettrai-je en jupe, sans doute aurai-je même un peu froid en sortant. Mais qu'importe, que je me sentirais belle, juchée sur mes talons préférés !



       Ce soir, j'ai rendez-vous et je n'ai plus trop l'habitude. Que se dit-on blanc dans les yeux quand les enfants ne sont pas là ?
     Comment se retrouve-t-on en amoureux, comme des amants, comme avant, comme sans enfants ?

       Ce soir, j'ai rendez-vous, j'ai un peu peur, je l'avoue... Mais n'est-ce pas là bien jolie chose ?


       Ce soir, j'ai rendez-vous et en rentrant, je garderais tout ça pour nous... 

[en espérant fort, fort, très fort que les bébés feront dodo!]

mardi 25 mars 2014

J'ai pas le temps, les enfants !

      Pour la première fois depuis vendredi, je me pose enfin... Je n'ai eu le temps de rien, et en ce jour, à cet instant, je bénis l'heure du coucher !

      Car il faut le savoir, avoir des enfants provoque fatalement un raccourcissement des journées et les heures s'évaporent mystérieusement pour ne jamais revenir...

        Enfin... Si seulement c'était si simple... Il suffirait de s'adapter, un coup à prendre...
        Mais non ! En plus de filer plus vite, les minutes n'ont pas la même consistance d'un jour à l'autre.



       Le temps, d'ordinaire si linéaire, n'en fait qu'à sa tête et le dompter quand progéniture il y a relève de l'impossible [ou alors j'ai vraiment pas la technique...]

         Une demi-heure, habituellement si fugace, semblera éternité si bébé pleure...
       Un lundi matin, vraisemblablement trop long après dimanche, paraîtra trop court si les enfants sont sages et joyeux...
         Les exemples sont sans fin... En voici la version concrète :

     La queue au supermarché quand Titou est souriant dans sa poussette, et Crapulette pipelette et « disciplinée ». Trop court.

         La queue au supermarché quand Titou pleurniche dans sa poussette, et Crapulette, déchaînée et prête à tout pour me faire tourner chèvre. Trop long.

         Bilan : à la fin de la journée, peu importe la queue au supermarché : je n'ai pas fait la moitié de ce qu'il fallait...



           Le temps est très court, ceci est un fait avéré, mais avec des enfants, il se fait capricieux, se colle aux humeurs de ceux-ci, et non content de ne pas me laisser accomplir mes tâches, il me semble et trop lent et trop furtif à la fois...
            Sur ce, je vous laisse, j'ai encore un tas de choses à faire... [genre dormir]

jeudi 20 mars 2014

Trois ans [déjà]

Encore une année qui m’échappe… Le temps glisse à vive allure entre mes doigts, et je n’ai aucun moyen de le ralentir.

Ce soir, à la veille du printemps, je ne sais si je suis heureuse, maussade, ou juste nostalgique. Peut-être les trois à la fois ?

Demain, je prendrais au visage ce que je tente désespérément d’appréhender depuis quelques jours.
Demain, ma fille aura trois ans. Quelques petites années et l’éternité à la fois. Il est troublant de garder un souvenir précis du premier regard que nous avons échangé, et de se dire que cette ère n’est, et ne sera jamais plus. Elle ne sera jamais plus un bébé

Elle grandit, apprivoise le monde chaque jour un peu plus, et c’est une bonne chose. Je la guide dans cette voie. Je désire ardemment la voir avancer, s’épanouir, vivre, être une enfant !


 Mais dans un coin de mon cœur, je ne cesse de me demander : où est mon bébé ? Où est passée cette créature si petite, si fragile et pourtant si forte à la fois ? Où est passé ce minuscule bébé, si léger, si tranquille, tellement sans cheveux ? Où sont ces pieds, si riquiquis que rien ne pouvait les chausser sans les noyer ?





Cependant, quand je la regarde, elle, ma petite fleur, si délicate, si gentille, et pourtant tellement sûre d’elle, je ne peux qu’être heureuse de voir la fillette qu’elle devient ! Etre surprise chaque jour de ses nouvelles découvertes, sourire de sa façon si candide de comprendre les choses, être émue de cet amour inconditionnel qui nous lie, qui n’a toujours fait que croître avec elle. Elle est heureuse, elle est chipie, elle est si douce… Je veux la laisser grandir, je veux qu’elle s’envole un jour, qu’elle soit celle qu’elle doit être, confiante et sereine…

Seulement, je ne peux ne pas ressentir une pointe de mélancolie. Elle est ma première, le sera à tout jamais… Elle est celle qui m’a fait devenir, celle qui m’a fait apparaître, moi, maman aimante et femme accomplie… La regarder grandir revient presque à me voir vieillir… Elle est celle par qui ma vie a pris un nouveau sens… Celle par qui j’ai entraperçu les capacités de mon cœur…



Je pourrais faire mille enfants, et les aimer tout autant qu’elle, que son frère, elle est et restera le déclic de ma vie, aussi fort que j’espère être le starter de la sienne

[Trois ans : I - II - III ... ]

Je t’aime ma chérie…
Et bon anniversaire, mon petit trésor sucré !

mardi 18 mars 2014

Trois ans [II]


Le printemps a toujours été ma saison préférée. Le soleil se fait plus présent et apporte avec lui la douceur. Les arbres reprennent vie et se parent d’un tendre vert. Les champs deviennent de vastes prairies qui semblent si douces et légères quand le vent les caresse. Les oiseaux se mettent à chanter plus fort, très tôt le matin, plus tard le soir.

Le printemps donne envie d’être amoureux, de pique-niquer au ras de l’herbe, il met du baume au cœur promettant la fin de la rudesse… Le printemps est, à n’en pas douter, la saison des poètes, qui n’a jamais été ravi, au moins une fois, de se rendre compte combien la nature est belle à son réveil ?

Mais le printemps, c’est aussi et surtout des fleurs. Partout ! Des arbres roses en pleine ville, des pâquerettes dans les parcs, milles couleurs, plus en campagne. Des odeurs, fleurs blanches cachées derrière un portail, fleurs jaunes là-bas, près du chemin… Fleur bleue, ici, seule au milieu des autres…

Telles sont les promesses du printemps, renaissance, gaieté, douceur, le tout saupoudré d’envie d’aimer…

En 2011, j’ai « vécu » le printemps…  J’ai eu tout ce qu’il promet à notre imagination : le soleil, la joie, la renaissance et une fleur.
Une fleur parfaite. Ma fleur.


Le premier jour du printemps, cette année-là, naissait ma petite fleur à moi, Maïlys


Trois ans [I]

       Il y a presque trois ans, j’entamais ma seconde vie, celle « d’après ». Je ne l’avais pas vu arriver, quatre ans poussières avant, j’aurais traité de fou quiconque me l’aurait prédit…

        Il y a presque trois ans, je ne suis même pas sure que j’étais pleinement consciente de tout ce qui allait changer, pourtant, l’événement qui se profilait fut ce qui fit ce que je suis aujourd’hui [emberlificotée, moi ?]


        L’histoire débute un 26 décembre…

      Après toute une vie à croire en « la magie de Noël », enfin, ma puérile ferveur me donnait raison ! Cette fin d’année me fut douce, je venais de faire LA rencontre, de trouver celui que je cherchais, de comprendre qu’en fait, je n’avais aucune idée de ce à quoi il devait ressembler. Moi, cucul finie, je fondais pour un homme avec de si gros sabots que le sol ne cesse jamais de trembler sous ses pieds, aussi délicat qu’un mammouth

        Il s’avéra pourtant que notre taux de compatibilité était aussi important que nos différences !

     En janvier, je le rejoignis, pour « quelques jours », je ne repartis jamais. Je lâchai tout pour lui, et ensembles, complètement fous, nous avons joué le tout pour le tout !

       Nous nous sommes construits à la vitesse de l’éclair, pas parce que nous étions pressés, mais parce que c’était l’évidence
      En juin, nous prenions la décision de devenir plus, de devenir « famille ». Pas d’illusion non plus, on pensait juste entamer les « travaux pratiques », j’avais bien en tête que les femmes de ma famille vivent une galère sans nom avant de prétendre à la maternité…

        Magie, hasard, chance, destinée ? Stupeur ! En juillet, c’était dans la boite [la boite, c’est moi]!



      Il y a presque trois ans, mon ventre était tout rond, et j’étais loin d’imaginer que ce printemps-là remplirait toutes ses promesses

à J-12

samedi 15 mars 2014

C'est quoi l'amour ?



       Pour le lancement de ses « Mots d’enfants », Gwenaëlle nous a proposé de poser une question à nos enfants, et d’en partager la réponse.

       Et pour une première, elle a frappé fort : C’est quoi l’amour ? Rien que ça !  
      Joueuse, mais aussi et surtout curieuse d’entendre ma Crapulette, 3 ans dans 5 jours, m’expliquer avec ses mots ce que peut bien être l’amour, j’ai donc attendu le moment propice pour l’interroger.


        Jeudi matin, ayant une course à faire, j’ai donc annoncé à Crapulette que dès que Titou aurait terminé son biberon, nous irions prendre l’air. Une fois tous prêts [2 heures après donc], nous sommes sortis. Il faisait beau, les arbres de la rue étaient en fleur, nous étions de bonne humeur. Innocemment, sur le trajet, je lui ai demandé :

   «    Ma chérie, c’est quoi l’amour ?
-          Caca ! [Nous entrons dans la phase bénie où répondre « caca ! » fait mourir ma fille de rire]
-          Mais, à part caca, tu voudrais pas m’expliquer ce que c’est l’amour ?
-          Ben, c’est maman. Ma maman adorée ! On va aller che’cher de l’air main’nant ? »

       Voilà comment, abasourdie de fierté, je me suis retrouvée à expliquer à ma fille que « prendre l’air », ce n’était pas aller « chercher de l’air », mais se promener, et respirer « l’air de dehors »...

       Tout de même surprise de sa réponse, lorsque son papa est rentré après une semaine d’absence, je lui ai reposé la question. 
       Mais, bien que sa tête fût posée sur les genoux de son père, celui qui lui avait « cro cro » manqué, sa réponse n’avait pas changé…


Pour Crapulette, l’amour, c’était maman

[C'était ma participations aux Mots d'enfants pour Maman Pouponne, sur le thème "C'est quoi l'amour ?"  ]

par Crapulette, 3 ans

vendredi 14 mars 2014

Une amie discrète

      J’ai eu différents amis au cours de ma vie. Certains me sont aujourd’hui un délicat souvenir, certains ont été radiés, et d’autres, malgré le silence et le temps, continuent d’être conjugués au présent. Parmi toutes ces personnes, il y en a une avec une saveur particulière, mon amie discrète.

       Cette amie, je ne sais pas si je pourrais l’appeler « meilleure amie » [c’est un drôle de concept cette façon de s’accaparer quelqu’un], ce dont je suis absolument sûre en revanche, c’est que je l’aime.

        J’aime avoir été son épaule et m’être servie de sa main lorsque nous nous sentions trop seules. J’aime son incroyable tignasse, son sourire si agréable. J’aime même son humour qui craint !

       Et pourtant, cela fait des années que nous ne sommes vues… Que nous nous observons, discrètement, voir si tout va bien…

        Tous ces moments, bons et moins bons, que nous avons passé ensembles, sont un bout de nos histoires personnelles. Nos chemins ont bifurqué, mais à aucun instant nous n’avons cessé de vouloir regarder par-dessus la haie, pour vérifier et continuer sereine de savoir que de cet autre côté la vie s’écoule paisiblement.


        Les réminiscences de ce que nous avons pu vivre sont toujours empreintes de tendresse. Je n’ai ni le regret que cela soit « fini », ni l’envie de les oublier. 
         Les vacances dont j’avais tant besoin, les fous rires complices, les larmes, les blogs… Le t-shirt Ben, la rose éternelle, la vache en pâte à sel… De petites touches de lumière à chaque fois que j’y songe.

         Aujourd’hui, après avoir été indiscrète tant d’années, je lui rends la pareille… 

         Ma fenêtre est ouverte, tu peux regarder au travers aussi souvent que tu le souhaites et tu peux le faire à notre façon, discrètement


[mais tu peux aussi ramener ta fraise de morue, y’a pas que la fenêtre qui est ouverte !]

jeudi 13 mars 2014

Yaya*

*mamie en catalan.



       J’ai eu longtemps ma yaya. Elle était là à ma naissance. J’ai été là pour son départ… On ne se comprenait pas toujours, mais elle avait la peau toujours très douce. C’est absurde comme souvenir, pourtant c’est celui que j’aime le plus. Quand elle est partie, nous étions trois à son chevet. Sa fille (ma mère), et deux de ses petites filles (ma cousine et moi).

        Lorsque son dernier soupir est arrivé, je tenais sa main familière, chaude, douce, si douce… dans ma main à moi… Je me souviens avoir senti ses doigts perdre « quelque chose ». Puis du bip atroce de la machine, et ma mère, redevenue petite fille, hurlant « mamà… mamà… » Ces cris sont gravés en moi… Cet instant est le plus bouleversant que j’ai vécu, pourtant, je ne l’échangerais pour rien au monde…

        Parce qu’à cet instant, j’étais heureuse d’être là, malgré tout, lui montrer à elle, ma yaya, que je l’aimais fort, très fort (malgré son coma je reste persuadée qu’elle entendait car son visage et ses muscles changeaient quand on lui parlait), que nos différends ne comptaient pas, qu’elle était yaya, ma yaya pour toujours…

        J’ai été heureuse de venir au secours de ma maman, de lui donner mes bras, de partir en furie chercher quelqu’un pour stopper ce foutu bip qui nous brisait un peu plus le cœur… J’ai été heureuse de comprendre combien une maman est importante, heureuse aussi lorsqu’en quittant l’hôpital, les feux d’artifices ont retenti au loin. Yaya aurait adoré se dire qu’on les tirait pour elle…

       Ces heures ont été atrocement douloureuses, mais avec le temps, j’ai compris leur impact positif sur moi, j’ai compris pourquoi j’étais heureuse d’être arrivée à temps, d’avoir pu lui dire au revoir…


        Lorsque j’ai été enceinte pour la première fois, quelques années plus tard, j’ai un jour pris mon courage à deux mains… J’ai appelé ma mère et lui ai posé cette question qui me perturbait :

   « Maman, dis, tu veux t’appeler comment pour mon bébé? »

Hésitations, petit trémolo :
   « Comme tu voudras ma fille. Peu importe la façon, je serai heureuse quand même…
   « Est-ce qu’elle pourra t’appeler « yaya » ? »

Silence. Larmes contenues. Fierté.
   « Oui, bien sûr… »


        Cette minute de bonheur ressemble à une histoire triste. Mais il n’en est rien… Certes, ses racines se fondent avec un vécu douloureux, mais… A mes yeux, ceux de ma maman, cette demande a été une vraie minute de bonheur.

       Ma mère connaissait l’importance de « ma yaya » pour moi. Avec cette simple question, je lui ai simplement transmis le flambeau, je lui ai donné la chance d’être la yaya de mes enfants, d’être la femme à la peau douce, d’être le lien vers nos racines dans un autre pays.


       J’ai reconduit l’histoire, prolongé le temps, et offert à ma mère de devenir pour ma famille cet être si important qu’aura été Yaya…




[ C'était ma participation à 30 jours & 1 minute de Bonheur, sur le thème des Mamies ]
[ AngelBlogue & Maman pouponne ]

[tag] 11 + 11 = 22

       Ben voilà ! Mon premier tag ici, le fameux, celui des "11" ! Je me plie volontiers à l'exercice imposé par Maman Débutante, une façon sympathique de faire connaissance... [Quoi ? Qui dans l'assistance a chuchoté que mon verbiage était désuet ?]

       Un principe tout simple, révéler 11 choses sur moi que vous ne savez pas, et répondre aux 11 questions de ma tagueuse. Plouf, je me jette à l'eau ! [oui, parfaitement, mes blagues me font rire !]


Les onze choses :

  1. Je suis prodigieusement, désespérément maladroite et gaffeuse... Lister mes maladresses prendrait une vie entière. En revanche, mettez-moi mes bébés dans les bras, et boum ! Je ferais preuve d'une dextérité épatante !
  2. Mon chien s'appelle Tacot et ne ressemble à rien. En plus il pue, même après plusieurs shampoings. Je l'adore.
  3. J'ai lu Baudelaire et Balzac pour mon plaisir. C'est même pas un prof qui m'y a obligée. Mais Maupassant... Qu'il m'ennuie !
  4. Je ne dis jamais mon âge dans la vraie vie. Je fais ça tellement bien que ma propre sœur est persuadée que je vais avoir 26 ans... Attention, même si la trentaine m'effraie un peu, je n'ai pas vraiment peur de vieillir, ça m'amuse, c'est tout !
  5. J'adore crâner et me la jouer mégalo en écrivant. Je ne le suis pas pour deux sous. Mais c'est un fait, croire à fond à ce que l'on écrit (ou dit, d'ailleurs), feindre l'assurance, permet de faire passer tout un tas de conneries !
  6. J'ai la phobie des punaises. Pas celles sur le mur, les bestioles... Quand y'en a, je deviens totalement stupide et irrationnelle. Pourtant, mon cerveau sait que c'est idiot, mais elles me font perdre tout contrôle...
  7. Je cours "comme une fille". Je suis un cliché ambulant quand je galope !
  8.  Je suis tombée enceinte 7 mois après avoir rencontré l'homme. Ce n'était pas un accident. Nous ne regrettons pas !
  9. Je suis cucul. Un vrai chamallow. Guimauvesque jusqu'aux bouts des doigts. Mais dans la vraie vie, j'ai du mal à être "tactile"...
  10. Je m'émerveille au moindre truc. J'aime ça.
  11. Je suis pleine de contradictions. Mais je sais ce que je veux !

Les 11 questions :

     1.  Pourquoi as-tu donné ce nom à ton blog ?
Parce que millie est mon pseudo depuis longtemps sur le net, mon alter-ego en quelques sortes, et que je suis un peu une peste aussi ^^
     2.  T'as-t-il permis de faire de nouvelles rencontres ? Si oui, sont-elles bonnes ou mauvaises ?
Mon blog est tout frais, mais j'ai fait quelques rencontres, et à ce jour, elles sont ma foi très bonnes ! Sauf peut-être cette Nath, qui vraiment, vraiment, n'est pas attachante du tout !! [j'ai précisé que j'étais une peste, non ?] [en cas où, c'est une blague ! Même si je suis sûre que l'intéressée a souri !]
     3.  Si un génie te propose de faire 3 vœux, qu'est-ce que ça serait ?
La santé pour ma famille, une belle maison pour ma maman, et je garde le troisième vœux au cas où...
     4.  As-tu déjà voyagé, et où es-tu allée ?
Je n'ai que trés peu voyagé dans le monde. Mon unique pays étranger est l'Espagne, mais j'y ai vu quelques villes sur la côte : Tarragone, où est né mon père, Rosas, quelques trous perdus, Mojàcar en Andalousie (trop beau !), Águilas (où a longtemps vécu ma mère)...
Par contre, en France, j'ai plus vu du pays. Mon homme est de Metz, je suis de Toulouse, on vit en région parisienne... Puis, un de mes grands coups de cœur en France, hormis la côte catalane,  est Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne...



     5.  Plutôt salé ou sucré ?
Salé, assurément !
     6.  Si tu devais te décrire en 3 mots ?
Souriante, petite et sanguine !
     7.  Tes vacances de rêve, c'est quoi ?
Du soleil, de l'espace, et la mer pas trop loin...
     8.  Ta couleur préférée ?
Le rose !! J'adore !
     9.  Quelles sont tes passions, addictions ?
Blog addict, j'adore en lire, j'en lis des tas. Je suis aussi addict à mes enfants... Puis j'aime : lire tout court, écrire, cuisiner [mais je suis nulle en crêpes !], la musique, fabriquer des babioles, et amasser des trésors inutiles !
    10.  Es-tu soirée DVD ou cinéma ?
Soirée DVD, petit plat, vin et câlinous... 
     11.  Es-tu dépendante de ton téléphone portable ?
Absolument... PAS ! J'oublie régulièrement de le charger, je le perds chez moi, et tu sais quoi ? J'utilise même pas de connexion internet avec !




       Voilà, mais comme je suis trop une rebelle, je ne tague personne !






mercredi 12 mars 2014

Frère et sœur

       Lorsque l’on est enceinte, une des choses que nous faisons toutes plus ou moins, est de se projeter. En préparant une jolie chambre, un nid douillet et réconfortant pour l’enfant, en imaginant des instants de vie que nous pourrons partager avec cet être, en essayant de deviner comment sera son visage, se basant sur les échos (peine perdue !), en élaborant un système éducatif basé sur nos principes (dont les trois quart voleront en éclats, hum...), etc…

       En pensant à toutes ces petites choses qui feront notre vie à venir, on entame le grand chantier de la maternité (vous savez, celui qui ne finit jamais) !

       J’ai fait tout ça deux fois (sauf finir le chantier, hein !). Deux fois certes, mais absolument pas dans la même optique.

        Pour ma grande, j’étais dans le rêve, elle était ma première, je ne savais où mes pieds allaient se poser. Pour mon petit, j’avais déjà une idée de ce à quoi m’attendre (qu’on ne peut rien prévoir, donc !). Alors ma préoccupation première a plutôt été le lien qui pourrait les unir, eux, mes enfants.

      Je rêvais, et rêve toujours, d’un duo uni et aimant. Je les rêve complices, solidaires, en complémentarité, pas en compétition… C’est un travail difficile pour une maman. Savoir se partager tout en restant entière pour chaque moitié. Je m’y atèle tous les jours, sans relâche, avec bienveillance, quelques couacs et beaucoup d’amour…

          Et c’est avec tendresse que je regarde leur relation évoluer au fil des jours, fière d’eux, un peu de moi aussi.



       Maintenant, il ne me reste plus qu’à élaborer un plan pour les supporter quand ils se ligueront contre moi… Le revers de la médaille !

dimanche 9 mars 2014

Abnégations familiales

      Ah… Devenir mère… Un pur bonheur ! Une félicité sans pareil, un amour vertigineux, de l’allégresse, des chants et des danses de la joie ! Donner la vie, c’est accéder à la béatitude, ressentir une exaltante satisfaction… C’est un peu comme une grande ivresse qui fait tourner la tête, sourire bêtement, s’extasier du moindre rien.

      Vraiment, devenir mère, ça change la vie, ça chamboule tout ! Mais bon, hein, ça sent quand même un peu l’embrouille cette histoire-là. Non parce que y’a deux-trois détails qui sont pas précisés sur la notice…

       Pour commencer dis-toi que plus t’as d’enfants, plus tu manges… froid !

     Bah oui, s’ils ne sont pas assez grands, faut couper la viande et donner la becquée. S’ils sont trop grands, faut négocier sévère pour éviter les disputes et autres pinaillages. Les bébés… Les plus sournois… Tu les nourris gentiment, tu les crois endormis, et quand tu brandis ta fourchette au-dessus de ton assiette… boum ! Ils ont besoin de toi !

      Et si par chance, ô miracle ! tu réussissais à manger en temps et en chaleur, comme ça, avec toute la famille, tu te retrouves avec une assiette communale, où l’on te pique tes meilleurs morceaux et te refourgue les restes prémâchés…

       Une des autres choses dont il te faudra faire le deuil sont les grasses mat’
    
    C’est d’ailleurs le secret le moins bien gardé de la maternité. Alors bon, comme t’es au courant, t’échafaudes des plans. Genre, si je le couche une heure ou deux plus tard, il se lèvera fatalement une heure ou deux moins tôt... erreur ! 

      Un enfant, c’est comme l’alarme du vendredi que t’oublies de désactiver le samedi : rageant, strident, sans aucune pitié pour le rêve trop bien que tu faisais. En plus, impossible de feindre la surdité, sous peine de voir le volume sonore augmenter…

       Parlons-en du bruit… 

      Quand les enfants s’endorment enfin, t’es tellement plus habituée que le silence te file presque le vertige. Faut comprendre, dans la journée, entre les jouets bruyants (saleté de cadeaux pourris ! le pire, c’est que certains viennent de toi…), les pleurs et les cris (les leurs ou les tiens…), le boucan généré par le monstre lui-même (ça court beaucoup ces choses-là, et puis ça parle aussi, accessoirement) et l’ambiance « famille » (lave-linge, sèche-linge, aspirateur, et/ou lave-vaisselle…) le calme n’existe pas
      
      Et si jamais ça arrive, ça n’augure rien de bon…

     N’oublie pas au passage de faire une croix sur ton intimité… Rien de tel qu’une discussion à cœur ouvert quand tu fais pipi…

      Au final, il te faudra abdiquer et déposer au fond d’un placard ta tranquillité d’esprit. D’une part, parce que cette liste n’est pas exhaustive et que chaque famille possède ses variantes, et d’autre part, parce qu’en plus de bouffer froid, avoir sommeil et vivre dans un brouhaha infernal, ces gamins, les tiens, te feront te ronger les sangs à la moindre occasion !


        Un incommensurable bonheur te dis-je !


vendredi 7 mars 2014

Etre leur maman

       Tandis que je regardais ma grande dévaler le toboggan, que je profitais de la bonne humeur ambiante pour chatouiller mon petit, je me suis posée LA question : Suis-je une bonne mère ? Je me la suis posée avec sincérité, comme il m’arrive souvent de le faire, en guise de MAJ régulière.

       J’ai besoin de me questionner, c’est mon mode de fonctionnement. Alors chaque moment paisible est potentiellement idéal pour me remettre en question. Il faisait doux, les enfants riaient, le soleil filtrait à travers les feuillages… Et je me suis demandée…

       Ecartons d’emblée l’hypothèse de mère modèle, rions au nez de celle de la mère parfaite, toute femme ayant au moins un enfant sait que ce sont de grands mensonges (ou de belles illusions !)

         Non, les vraies questions devraient plutôt être : Suis-je une bonne mère pour MES enfants ? Sont-ils aussi heureux qu’il leur faudrait être ? Sont-ils épanouis ? Ont-ils le sentiment d’être à l’abri tout en ayant la possibilité de développer leur propre façon de penser ?

        Je n’ai aucune recette miracle, ni même aucune réponses absolument certaines à mes interrogations.  Je fais en fonction de ce que je vois, mais aussi et surtout de ce que je ressens…

      Mon rôle de mère, celui que je trouve le plus parfait à mes yeux, consiste à écouter, sentir et… improviser !

        Je n’ai jamais eu de plan à appliquer, seulement quelques principes que je m’efforce de respecter au maximum. J’essaie de les faire rire, de préserver leur innocence, de les laisser rêver. Je leur apprends de jolies choses, regarder le ciel, voir les fleurs, courir après les papillons. Je laisse la grande sauter dans les flaques, cueillir des feuilles en automne, se rouler dans l’herbe au printemps. Un bonheur simple, accessible, qui peut durer toujours, et qui donne les armes pour affronter la vie, la vraie, avec le sourire.


      Alors je ne sais pas si je suis une bonne mère, mais ce dont je suis certaine, c’est que je suis leur maman, et je crois que je m’en sors pas trop mal !


mercredi 5 mars 2014

Regarde, c'est la lune !

       Ah ! Les mioches ! Toujours le mot pour rire ces petites choses-là !
     La mienne n’est d’ailleurs pas en reste, et quand il s’agit de nous en sortir de bien bonnes, c’est une championne !

       A ce que les gens m’en disent, Crapulette a un bon vocabulaire pour son âge « Elle parle bien ! » Le disent-ils par politesse ? Parce qu’elle est drôle quand elle fait un discours sans queue ni tête ? Je n’en sais rien, je n’ai pas vraiment de point de comparaison… Ce que je sais en revanche, c’est que la naine, elle a de la ressource ! Et comme y’a pas à dire, je suis vraiment trop sympa, voici un exemple de ce qu’elle peut raconter :

  « Moi, je vais prendre mon debout et ‘egader la lune

       Elle s’exécute, déniche son marchepieds (qu’elle a baptisé « debout » donc), le pose devant la porte fenêtre, se juche sur son piédestal et continue :

  « Maman ! Viens voir ! ‘Egade la lune, elle va se cacher derrière les maisons. En plus, il fait nouit (oui, exactement, nouit !), et la neige elle va bientôt tomber. En plus, moi ze suis cro fâssée avec Poli! » (NDLR Robocarpoli, son obsession) 

       OK… Alors, ma chérie, tu as une imagination florissante, mais j’avoue je saisis pas bien le fil de ta pensée… M’enfin, répondons au plus urgent…

  « Mais pourquoi tu es fâchée contre Poli ?
 « Parce qu’il a fait une grosse bêtise, alors ze suis cro fassée. En plus, moi, ben moi, ze crois que z’aime cro les carottes de lapin.
  « Oui, c’est vrai, les lapins aiment bien les carottes, tu as raison ma mimi !
  « Non ! Moi ze suis un chat ! »

       Elle miaule quelques secondes me précise que « C’était un blague ! », et repart en courant vers de nouvelles aventures, hilare et fière d’elle.

      Temps écoulé : allez, une minute. Deux en comptant la recherche du debout. Ça ne m’a pas coûté grand-chose, elle était heureuse que je l’écoute, que je lui accorde mon attention. Un moment simple, facile et joyeux. Et c’est là où je m’interroge.

       Dans la rue, j’ai assisté à une scène qui aurait pu être la même. Sauf que lorsque cet enfant a montré du doigt la lune, fier de la trouver, de la nommer… Rien. Pas de réponse. Fatalement, il a insisté. Il a répété.
        Puis a reçu la réponse, comme une gifle :

  « Ben, oui ! Alors, quoi la lune ? »
        Le gamin ne s’est pas démonté.
  « C’est la lune ! »
  « C’est bien, c’est la lune, et alors ? »

      Certes, les enfants ont souvent une logique improbable, des centres d’intérêts qui ne sont pas les nôtres, mais combien de ces adultes agacés (agaçants ?), qui méprisent la parole d’un enfant, supportent que l’on ne les écoute pas eux ? En tant que personne, qu’il y a-t-il de plus humiliant que d’être moqué ou ignoré lors d’une conversation ? Aime-t-on, nous, les grands, ne pas pouvoir en placer une, n’être que du vent, ou, à la limite un léger bruit incommodant ?


       Oui, j’en conviens, une scène n’est pas la vie entière, cet homme devait être fatigué, avoir eu une journée pourrie… Mais combien d’énergie en plus cela lui aurait-il demandé de simplement feindre un « Oh ! Comme elle est belle la lune ? »



La petite grande sœur

       Dans ma fratrie, nous sommes trois. Trois sœurs. Je suis celle qui « se balance au bout de la chaîne », comme j’aime le dire. Et le moins que je puisse dire, est que trouver ma place dans la famille n’a jamais été chose simple. Encore que j’édulcore, dans la réalité, je ne sais toujours pas où est ma place



       Faisons d’abord un petit historique rapide.
       Entre ma grande grande sœur et moi, il y a 10 ans. Entre ma moyenne grande sœur et moi, 2 et demi. La logique voudrait que je sois proche de la cadette, et que l’aînée nous ait été exemple puis alliée. Enfin, c’est la logique que j’aurais aimé vivre, et que je me suis peut-être imaginée à tort.

        Mais la logique et la vie sont rarement copines, et notre histoire n’en est que plus compliquée

     
     Commençons par l’aînée. Elle et moi, au jour d’aujourd’hui, nous ne nous comprenons plus. Nos contacts sont quasi rompus. Nous sommes en total décalage. Cela n’a pas toujours été le cas.

       Toute petite, je mourrais d’admiration pour elle. Si belle, si intelligente, avec une vie de « grande » si passionnante… J’étais vraiment très proche d’elle, j’ai de merveilleux souvenirs en sa compagnie. Un des meilleurs est lorsque je l’aidais (je n’en avais pas conscience à l’époque) à réviser son histoire. Le soir, je me mettais au pied de son lit, et elle me racontait ce qu’elle avait appris en cours. J’avais 7-8 ans, j’étais pleine d’interrogations, et elle prenait le temps de répondre à mes questions. J’aimais aussi qu’elle alimente mon goût du livre. Aurais-je lu Balzac par plaisir sans elle ?

        J’aimais tant de choses en elle…

       Mais j’ai grandi… Et si aujourd’hui je comprends que l’on ait du mal à concevoir qu’un enfant qu’on aime devienne adulte, je ne comprends toujours pas pourquoi elle s’est éloignée de moi à l’instant où j’ai affirmé ma propre personnalité en dehors d’elle, de son modèle… A partir du moment où j’ai commencé à postuler pour le « monde adulte », ma sœur n’a eu de cesse que de me rabaisser, juger mes choix et condamner la moindre de mes erreurs (et quel jeune adulte n’en fait pas ?).


      Reste la cadette. Ma grande « petite » sœur. Nos âges nous ont fatalement rapprochées. Mais certaines circonstances ont fait que nos rôles n’ont jamais été « ordinaires »… 
        Le fait que mon père soit parti d’une part (de la maison, il va bien !). Je n’en ai que peu souffert, j’avais moins de 2 ans, mes souvenirs de lui avec nous sont inexistants, le fait qu’elle s’en soit sentie responsable dans sa caboche de gamine (ce concept me dépassait, je ne voulais pas que « mon papa revienne », on ne regrette pas ce que l’on ne connait pas, j’aimais notre cocons de femmes), mais aussi et surtout le fait qu’elle ait été différente …

        Singularité, retard, handicap… On appelle ça comme on veut. Je me fous du nom que ça porte… Ce dont je me fous/foutais moins, c’étaient les moqueries qui allaient avec…  Contexte aidant donc, j’ai grandi un peu plus vite qu’elle (beaucoup trop ?). 

        Et je me suis retrouvée dans une étrange case : bébé de l’une, grande petite sœur de l’autre…


        Aujourd’hui j’en suis là… 

lundi 3 mars 2014

Mon rayon de soleil

      Il y a 5 mois de cela, tu es venu agrandir la famille. Tu étais vraiment minuscule, léger comme une plume, un joli bébé, aux yeux déjà grands ouverts !

       Tu as balayé en un instant tous mes doutes de maman… Il était évident que je pourrais t’aimer autant que ta sœur. Vous n’étiez pas en concurrence dans mon cœur, vous étiez complémentaires ! Chacun un bout de moi, je ne le savais juste pas encore.

       En 5 mois, tu es devenu un bonhomme curieux, avide de découvertes. Tu as grandi, bien sûr, et nous avons découvert que tu avais hérité de mon orteil supersonique, celui qui troue les chaussettes.




       Tu t’es trouvé quelques passions : tortiller tes mains, dévorer Maman des yeux, gloutonner tes biberons, et pédaler. Tu es un expert en la matière, t’habiller relève de la tactique de guerre, et si tu continues à te perfectionner, dans quelques semaines, je ne pourrais plus jouer avec toi sans armure !

       En 5 mois, tu as doucement réussi à apprivoiser ta grande sœur. Pourtant, elle est farouche ! Ne la touche pas qui veut ! Ce n’était pas gagné, au début, elle tolérait à peine ta présence. Mais tu as été patient. Tu l’as regardé, chaque jour plus intensément. Puis, tu as tenté l’effleurement. Tu vises encore un peu mal, mais elle commence à y prendre goût ! Maintenant, je vous mets tous les deux sur le grand tapis. Discrètement je m’efface et je vous retrouve yeux dans les yeux…  Je ne sais ce qui se passe dans vos petites têtes quand vous vous fixez ainsi, mais à voir vos visages curieux et sereins, ça a l’air beau…


       Aussi vrai que Crapulette est ma petite fleur, toi, mon Titou-Petitout, tu es mon rayon de soleil. Nous ne t’avions pas « prévu » si tôt, mais ta présence aujourd’hui est une merveilleuse surprise ! En 5 mois seulement, tu m’es devenu indispensable, et je n’imagine plus ma vie sans voir ce sourire que tu es si prompt à donner !

dimanche 2 mars 2014

Elle me fait craquer...

       Crapulette est par bien des aspects une petite fille charmante. Souriante et attentionnée, douce et câline, imaginative et drôle, le tout sur un visage encore poupin.

       Aucun doute, je suis croc-love d’elle, et je ne peux que fondre quand, les yeux pleins d’amour elle me dit :
       « Maman, t’es cro zentille ! Ze t’aime cro cro fort », qu’elle se met à courir « Non ! Toi, tu me fais pas des bisous », se fendant d’un éclat de rire et n’attendant qu’une chose : que je la poursuive pour lui en faire !

       Mais j’ai beau avoir le cœur chamallow et croire que la vie est belle, ma fille n’en est pas moins une troizans… Et à 3 ans (ou presque) on s’affirme, on dit non, on caprice, on colère…


     Chaque enfant possède sa propre technique d’intimidation, roulade au sol, tapage de pied, larmes innondantes… Pour le plus grand malheur de mes tympans, Crapulette est passée maîtresse dans l’art de «la sirène hurlante ».

        Contrariété, bobo, fatigue, colère, refus… En une seconde la demoiselle passe de Petit Trésor Sucré à Vociférator !




     Malheureusement, je suis une personne d’une affligeante banalité… Parfois il m’arrive comme au commun des mortels d’avoir ma coupe pleine. Il m’arrive d’en avoir marre, de ne pas être la femme toute puissante qu’elle semble croire que je suis, prête à encaisser et corriger en souriant.

        Parfois, Vociférator est la goutte qui fait déborder mon vase…

       Si la plupart des fois, désamorcer le mode « bombe » de ma fille ne coûte qu’un « Arrête de crier et dis-moi ce qui ne va pas », si souvent suffit un ton engageant mais ferme, et un « va d’abord te calmer dans ta chambre, et ensuite tu viendras m’expliquer », si maintes fois essuyer le chagrin endigue la crise, y’a des jours où c’est un peu plus compliqué… Et crier à un enfant d’arrêter de crier, en plus d’être un non-sens ne mène à rien…

        Alors, oui, mea culpa tralalala, flagellations et auto-punition, des fois, je suis une mère qui craint !
       
       Hormis le quart d’heure suivant la crise commune, je vis assez bien mon humaine imperfection. Oui, ma patience a des limites. Oui, j’aime ma fille mais parfois j’ai envie de la bâillonner. Oui, ma Crapulette chérie me fait quelquefois affreusement chier.

         Dans tous les sens, bons comme mauvais, je suis sa mère, et elle me fait craquer...

Mes trésors [I]

       Je ne pense pas être matérialiste. Je n’attache que peu d’importance aux biens que je pourrais posséder, enfin, à leur aspect « monétaire ».

       En revanche, je dispose d’une foultitude de petites choses, pour la plupart ne valant rien, mais qui, à mes yeux, sont inestimables. Ces objets représentent tous un bout de ma vie, quand je les regarde, je me souviens.

       Plus puissants que les photos, ils me propulsent en quelques secondes au cœur de mon histoire, au cœur de mes émotions les plus fortes et les plus tenaces. Je ne les ai jamais choisis, ils se sont toujours imposés à moi, et je crois bien que je les aime !

       J’aime « Sandy », ce bout de collier vert moche que je me trimballais partout quand j’étais toute petite. Il porte encore les traces de mes mini-dents, et le souvenir que les adultes n’y comprennent rien ! Tous étaient persuadés que c’était la laisse d’un chien imaginaire. Erreur, il était un être à part entière pour moi !

       J’aime « Douni », mon doudou. Un vieil ours blanc qui m’a sauvé de nombreux cauchemars...

       J’aime mon bracelet brésilien, cette loque immonde qui n’a jamais dû être jolie, mais que j’avais trouvé sur la plage, à Argeles. Il me raconte tous mes beaux étés au milieu des mimosas, dans le mobil-home, la route en terre où il y avait des crottes de lapins, le bruit des RiceCrispies sur la terrasse, les WC au fond du jardin, le puits à l’eau si fraîche, ma sœur qui bronze, l’odeur de son huile, ma mère qui fume une cigarette le soir, juste ses quinze jours-là, mon autre sœur, en culotte comme moi, qui me court après pour m’arroser,…

       J’aime l’élastique bleu. Il était si beau à mes yeux d’enfant ! Mais je n’ai jamais pu le mettre dans mes cheveux… Ma mère me l’avait coupé en punition de je ne sais quelle effronterie. Elle-même était émue en le revoyant…

       J’aime ma boite à sucres, chipée à ma mère lorsque j’ai quitté le foyer familial. Fallait pas ma la promettre 10 ans auparavant !

       J’aime ce bouquet de fleurs séchées, là-haut, sur mes étagères. Le destin a voulu qu’elles sèchent belles, vieux rose, bouton ouvert pile comme il faut… Les premières fleurs offertes par mon homme…

       La liste pourrait être encore longue… 

       Toutes ces choses ont une odeur de madeleine… En me faisant revivre le passé, elles me montrent les racines de mon présent…

       Ce sont mes trésors.



       C’est peut-être pour ça que j’ai toujours l’œil qui déborde quand Dominique Bretodeau retrouve sa boite… (NDLR Amélie Poulain)


       
       Article inspiré du thème 7 du projet "Photo-thérapie" chez Plume et Zoom...